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“La première chose qu’on regarde” – Grégoire Delacourt

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Crédit JC Lattès

J’avais beaucoup entendu parler de « La liste de mes envies », qui semblait avoir conquis plus d’un lecteur, et je me suis donc lancée dans la lecture du nouveau roman de Grégoire Delacourt, « La première chose qu’on regarde », paru le 20 mars dernier.

A la lecture du résumé, je m’attendais à un roman très comique, assez enlevé, ce qui allait me changer de ma dernière lecture. Il s’agit de l’histoire d’Arthur Dreyfuss, un mec comme les autres, peut être un peu plus étrange, qui un soir voit débarquer Scarlett Johansson chez lui, dans son village paumé.

On imagine déjà tout ce qui pourrait se produire, tous les clichés qui pourraient être mis à mal par l’auteur, tous les gags qui pourraient nous faire rire… Et au final, on est vraiment loin du compte.

Je ne peux cacher que j’ai été assez déçue par ce roman, même si d’un point de vue purement objectif, faisant fi de mes attentes, je dirais que c’est plutôt réussi, comme manière de surprendre le lecteur dans le récit (et je n’en dirais pas plus, pour ne rien gâcher à ceux et celles qui le liraient…).

L’auteur décrit à merveille la naissance de l’amour entre deux personnes cassées par la vie, que leur relation pourrait réparer… Deux personnes qui semblent si normales, et pourtant si différentes de nous, avec leurs échecs, leurs émois, leur sensibilité. Et pour ça, le roman ne peut qu’être beau, écrit avec une plume juste et parfois acerbe, pour nous évoquer les sentiments éprouvés par nos deux héros.

J’ai été touchée par eux, mais j’ai aussi été très gênée, de par leurs caractères, mais aussi de par la présentation qui a été faite dans le roman. Je n’ai pas l’habitude que les dialogues se perdent au fin fond du récit, et qu’il soit parfois difficile de les distinguer de la narration. Je n’ai non plus compris toutes les références que l’auteur a pu faire, et je pense que c’est dommage, pour les lecteurs d’une autre génération que celle de l’auteur dirons nous. Là encore, chaque lecteur a sa sensibilité, et sur ces points là, elle est forcément très différente.

J’ai finalement été très surprise par le style d’écriture qui m’avait été vanté jusque là. C’est donc plutôt déçue que j’ai refermé ce livre (bien que la fin m’ait beaucoup plus quand même, par sa justesse notamment, et car elle permet au titre de nous dévoiler tout son
sens !). Toutefois, je souhaite saluer le travail de Grégoire Delacourt, car c’est sans nul doute un roman original, et je lirais quand même « La liste de mes envies » qui m’a tout l’air d’être une petite perle dans le paysage littéraire français de ces dernières années !

Et vous, quelle est la première chose que vous regardez ?

Editions JC Lattès, 20/03/2013.

“Certaines n’avaient jamais vu la mer” de Julie Otsuka

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C’est un roman au pluriel, un hommage, des vies…

C’est un « nous » qui exprime l’horreur, la douleur, la cruauté humaine…

Mais c’est aussi un « nous » parfois heureux, souvent curieux, un « nous » qui se satisfait du nécessaire…

Et c’est un « nous » qui est fort peu connu.

En effet, dans cette « multibiographie » en un sens, Julie Otsuka nous compte l’histoire de ces japonaises, vendues à des époux vivant dans l’Ouest des Etats-Unis, qui ont traversé l’océan Pacifique pour venir s’installer aux Etats-Unis au début du siècle dernier, où elles pensaient vivre une vie paisible et heureuse.
Là bas, elles découvrent que leurs maris sont loin d’être riches, généralement ce sont de simples paysans. Mais malgré tout, elles vont faire preuve de courage, de simplicité, et d’inventivité, pour survivre dans ce pays qui leur est totalement étranger.

Julie Otsuka nous raconte leurs vies, leur adaptation au “way of life” américain, leur apprentissage de la langue, de l’amour, leurs premières naissances, l’enseignement qu’elles ont apporté à leurs enfants, les métiers qu’elles ont exercés…

Mais aussi leur déportation au moment de la seconde guerre mondiale, le décès de certaines, la disparition de toutes…

C’est une part de l’Histoire qu’on connaît peu voire pas, les japonais ayant été déportés dans des camps au moment de la seconde guerre mondiale, et de la « trahison » du Japon avec le bombardement de Pearl Harbor.

Julie Otsuka illustre avec brio la facilité déconcertante avec laquelle leurs voisins américains se sont mis à les soupçonner de trahison du fait de leurs origines orientales.

Si le livre est triste, voire gênant parfois, l’écriture est prenante, touchante. Ce roman, écrit à la première personne du pluriel, est un véritable témoignage de la vie de toutes ces japonaises au début du siècle aux Etats-Unis. C’est un bel hommage que Julie Otsuka leur rend ici.

Je conseille la lecture de ce livre à quiconque aurait une passion pour l’histoire, pour le Japon, ou simplement envie de découvrir le formidable style d’écriture de Julie Otsuka, déjà reconnue pour son roman « Quand l’Empereur était un Dieu ».

Editions Phoebus, 2012.
Prix Femina étranger 2012.