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“Certaines n’avaient jamais vu la mer” de Julie Otsuka

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C’est un roman au pluriel, un hommage, des vies…

C’est un « nous » qui exprime l’horreur, la douleur, la cruauté humaine…

Mais c’est aussi un « nous » parfois heureux, souvent curieux, un « nous » qui se satisfait du nécessaire…

Et c’est un « nous » qui est fort peu connu.

En effet, dans cette « multibiographie » en un sens, Julie Otsuka nous compte l’histoire de ces japonaises, vendues à des époux vivant dans l’Ouest des Etats-Unis, qui ont traversé l’océan Pacifique pour venir s’installer aux Etats-Unis au début du siècle dernier, où elles pensaient vivre une vie paisible et heureuse.
Là bas, elles découvrent que leurs maris sont loin d’être riches, généralement ce sont de simples paysans. Mais malgré tout, elles vont faire preuve de courage, de simplicité, et d’inventivité, pour survivre dans ce pays qui leur est totalement étranger.

Julie Otsuka nous raconte leurs vies, leur adaptation au “way of life” américain, leur apprentissage de la langue, de l’amour, leurs premières naissances, l’enseignement qu’elles ont apporté à leurs enfants, les métiers qu’elles ont exercés…

Mais aussi leur déportation au moment de la seconde guerre mondiale, le décès de certaines, la disparition de toutes…

C’est une part de l’Histoire qu’on connaît peu voire pas, les japonais ayant été déportés dans des camps au moment de la seconde guerre mondiale, et de la « trahison » du Japon avec le bombardement de Pearl Harbor.

Julie Otsuka illustre avec brio la facilité déconcertante avec laquelle leurs voisins américains se sont mis à les soupçonner de trahison du fait de leurs origines orientales.

Si le livre est triste, voire gênant parfois, l’écriture est prenante, touchante. Ce roman, écrit à la première personne du pluriel, est un véritable témoignage de la vie de toutes ces japonaises au début du siècle aux Etats-Unis. C’est un bel hommage que Julie Otsuka leur rend ici.

Je conseille la lecture de ce livre à quiconque aurait une passion pour l’histoire, pour le Japon, ou simplement envie de découvrir le formidable style d’écriture de Julie Otsuka, déjà reconnue pour son roman « Quand l’Empereur était un Dieu ».

Editions Phoebus, 2012.
Prix Femina étranger 2012.