Cat Street – Yoko Kamio

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« Cat street » nous fait découvrir l’histoire de Keito Aoyama, enfant star, qui, suite à un incident lors de la première d’une comédie musicale réputée, a été traumatisée et est dès lors atteinte d’hikikomori, pathologie se rapprochant de l’agoraphobie. Après plusieurs années d’isolement, dé-scolarisée, et sans amis, Keito Aoyama se voit proposer la possibilité d’entrer dans une école des plus spéciales. En effet, cette dernière est ouverte à n’importe quel moment, et on y trouve des adolescents qui, comme elles, ont souffert de la vie, et se retrouvent ainsi pour réapprendre à vivre en communauté, voire préparer les concours universitaires pour retrouver ce que la société qualifie de « vie normale ». C’est donc en faisant la connaissance de Saeki-kun, Mine-kun, et Noda-chan que Keito Aoyama va peut être trouver le moyen de redonner un sens à sa vie. Mais la vie a-t-elle seulement un sens ?

« Cat Street » est un série assez ancienne (publiée au Japon entre 2004 et 2007) par la célèbre mangaka Yoko Kamio, que vous connaissez sans aucun doute pour son célèbre manga « Hana Yori Dango », sans doute l’un des shôjos les plus célèbres de notre temps. On retrouve d’ailleurs le même trait de crayon, le même style de personnages. En un sens, Yoko Kamio continue sur sa lancée en réutilisant des univers qu’elle connaît déjà bien (le lycée, la pression sociale), tout en dénonçant certains modes de vie.

Pour commencer, Yoko Kamio dénonce nécessairement le phénomène de « l’enfant star », qui a tendance à se développer de plus en plus depuis quelques années, et qui intéressent d’ailleurs de plus en plus les médias, comme certains auront pu le constater au fil de reportages sur les « mini-miss ». Le problème le plus grave étant que les parents de ces enfants s’identifient à eux, veulent qu’ils réussissent là où eux ont échoué, et les poussent nécessairement jusqu’aux tréfonds de leurs limites. Et c’est ça le plus dangereux ! Car on ne laisse aucun choix à ses enfants, ils ne peuvent vivre leur vie comme tout le monde, ils ne peuvent aller à l’école comme leur camarade, ni manger comme eux, ni partir en vacances comme eux… Ce qui leur laisse des séquelles parfois très graves, comme on peut le découvrir avec Keito Aoyama, qui, presque 10 ans plus tard, souffre encore de son enfance.

Par ce biais, Yoko Kamio dénonce également un autre phénomène de société très développé au Japon, bien plus qu’ailleurs, c’est l’hikikomori. Il s’agit d’une sorte d’agoraphobie aigüe qui fait que les gens qui en sont atteints, généralement des adolescents, se referment sur eux-mêmes à tel point qu’ils ne peuvent plus vivre comme les autres. Ils sortent peu, vivent reclus, et n’ont plus aucune vie sociale. C’est ce qui arrive à Keito Aoyama.

L’hikikomori touche environ 270 000 personnes au Japon aujourd’hui. Cette maladie se développe essentiellement à cause de l’ijime, dont on peut aussi constater l’existence dans le manga « Cat Street », qui est une sorte de harcèlement particulièrement violent (et qui mène malheureusement de nombreuses fois à des suicides). On remarque ce type de harcèlement essentiellement à l’école, mais aussi en entreprise. La pression sociale, ainsi que la pression scolaire, au Japon sont d’une force incroyable, il nous est difficile à nous autres français de l’imaginer parfois.
Par ailleurs, l’ijime et l’hikikomori sont des thèmes classiques de mangas, souvent dénoncés par les mangakas, comme dans « Hana Yori Dango », mais dont l’exemple le plus célèbre est certainement le manga « LIFE ».

Enfin on peut s’intéresser au concept d’une école pour apprendre la vie, pour se socialiser de nouveau, pour apprendre à aimer et surtout à s’aimer. Plutôt que de laisser ses jeunes mourir à petit feu comme cela se fait trop souvent aujourd’hui, autant, comme le montre Yoko Kamio, trouver le moyen de leur redonner goût à la vie, en les rassemblant, et en les laissant chercher un sens à la vie, et un sens à leur vie. Avec cette fable touchante en 8 tomes, Yoko Kamio nous donne envie de croire que tout est possible, et que plutôt que de se laisser aller, il vaut mieux se battre pour ce qui reste, pour ce qui nous tient à cœur.

Pour terminer, en tant que grande adepte de ドラマ (dorama), séries télévisées japonaises, je me permets de vous conseiller l’adaptation du manga Cat Street, qui a été diffusée en 2008, et qui rappelle tout à fait la dureté, tout comme la poésie de cette série. Par ailleurs, je me permets de rappeler que le manga « Hana Yori Dango » a également été adapté en drama (2 saisons et un film pour sa version japonaise) pour ceux et celles qui ne l’auraient pas encore regardé !

Editions Kana, série en 8 tomes.
Vous pouvez retrouver cette chronique sur le blog des éditions Kana.

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